Jeudi 10 janvier 2008
Nous sommes heureux d’attribuer ce premier trophée non pas à un manager, mais à une manageuse, et contribuer ainsi à faire reculer le machisme ambiant et le sexisme
environnant.
Espérons que l’exemple donné par cette femme de valeur encouragera d’autres à suivre cette voie.
Le cas nous est soumis par M. Jean-Gaston Cocher, coach.
Nous lui laissons la parole sans tarder :
« Je tiens à rendre ici hommage à ma cliente, Henriette de La Motte-Grenelle, Directrice Commerciale du groupe international EDIE – Esthétique et Décorations Intérieures et Extérieures. Je
souligne en passant que s’ils avaient eu l’idée de le mettre dans le désordre cela aurait fait IDEE. Vous voyez ce que je veux dire, mais passons…
Je l’ai connue des années auparavant, quand elle venait de conquérir ce poste en évinçant vaillamment tous ses concurrents internes, et quand elle vint me consulter
pour l’aider à conserver inaltéré l’éclat satiné de sa peau diaphane.
- Voyez-vous, Jean-Gaston, me dit-elle, j’appartiens maintenant au Top Management, il faut que je me maintienne au Top. Et comme je vends de la décoration, il faut que je reste moi-même
décorative.
J’ai vu parfaitement ce qu’elle voulait dire, mais elle était vraiment au Top. Il fallait juste l’aider à s’y maintenir.
- Je peux vous recommander à mademoiselle Giselle Dieudonné, dans le XVI-ème, dites-lui seulement que vous venez de ma part.
- Que fait-elle, cette personne ? me demanda-t-elle
- Esthéticienne.
Plusieurs années s’écoulèrent, durant lesquelles je la voyais de temps en temps pour l’aider à se maintenir au Top sur le plan spirituel et mental (non, ce n’est pas la même chose, je vous
l’expliquerai, c’est 3000 euros la journée, frais inclus).
J’ai remarqué un jour, et elle me le confirma en sanglotant, qu’autour de son œil gauche quelques rides avaient creusé un petit sillon inquiétant. Le pire est que saisi de jalousie, l’œil droit
s’était mis à l’imiter.
De surcroît, sous le menton, un pli, à peine perceptible avant, s’était épaissi, et pendait sans grâce au dessus de son collier de perles. La bonne nouvelle était que si d’autres parties de son
corps s’étaient mises à l’imiter, cela ne se voyait pas.
- Comment faire pour arranger ça, Jean-Gaston ? Je ne me sens plus au Top, et si le reste du Top Management s’aperçoit, je risque de glisser vers le bottom, voire même vers la porte.
- Je peux vous recommander au Dr. Dos Santos, de Neuilly-sur-Seine, lui dis-je, dites-lui seulement que vous venez de ma part.
- C’est un esthéticien, lui aussi ?
- Non, un chirurgien esthétique.
Plusieurs années s’écoulèrent, durant lesquelles je la voyais de temps en temps pour l’aider à se maintenir au Top sur le plan cérébral et intellectuel (non, ce n’est pas la même chose, je vous
l’expliquerai, c’est 5000 euros la journée, frais inclus, que voulez-vous, tout augmente).
J’ai remarqué un jour, et elle me le confirma en sanglotant, que malgré les multiples séances de bistouri, sa peau et son moral commençaient à s’affaisser.
- Il n’y a plus la place pour placer la moindre cicatrice, m’a dit Dos Santos, même pas pour la moindre piqûre de Botox ! Je ne me sens plus au Top, et je sais que j’aurai du mal à remonter.
Mais les autres Top Managers ne sont plus tout à fait au Top non plus, alors, ce qu’il me faut est juste de me maintenir comme je suis, pour longtemps, très longtemps.
Je réfléchis longtemps, très longtemps, aussi, et je lui demandai de formuler son objectif de manière précise.
- Voilà, me dit-elle, je veux rester comme je le suis, dans l’état où je me trouve aujourd’hui, sans aucune altération, aussi longtemps que possible. Je n’ose pas prononcer le mot
« éternité », mais vous pouvez faire comme si.
- Dans ce cas, lui dis-je, allez voir Maître Lemarchand de Limoges, dites-lui seulement que vous venez de ma part.
- Maître Lemarchand est esthéticien ou chirurgien esthétique ?
- Ni l’un ni l’autre, c’est un taxidermiste !
Je n’ai plus eu de nouvelles depuis.
Mais je crois que si elle a vraiment suivi mon conseil, elle mérite de servir d’exemple pour la jeune génération, parangon de dévouement, modèle de conscience professionnelle, idéal de sacrifice
et oubli de soi.
Je propose donc de confier ce premier trophée du Manager de la Quinzaine à Mme Henriette de la Motte-Grenelle, à titre posthume.
Remerciements et Salutations distinguées,
Jean-Gaston Cocher, coach »
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